Désherbants “naturels”… Prudence !

De nouvelles substances désherbantes, présentées comme “naturelles”, sont apparues ce printemps dans les jardineries. Pour autant, sont-elles des solutions efficaces et sans danger ?
L’une des substances utilisées est l’acide acétique (dilué à 10 % comme dans le vinaigre blanc). Elle agit uniquement par contact en “brûlant” les feuilles des mauvaises herbes aux stades jeunes, mais les racines ne sont pas détruites. Résultat : après deux applications à
7 jours d’intervalle, seules les annuelles et les bisannuelles jeunes sont détruites. Pour les plantes à racines vivaces (chardon des champs, liseron…), l’efficacité est réduite; elles finissent par repousser au bout de quelques semaines, même après deux applications.
En définitive, pour lutter contre les mauvaises herbes issues de semis (les plus nombreuses), l’acide acétique n’est pas plus efficace que les alternatives curatives préconisées par la charte Jardiner au naturel (eau bouillante, désherbage thermique, sarclage) ou préventives (paillage…). En outre, le prix de vente du désherbant est environ 10 fois plus élevé qu’un simple vinaigre blanc contenant la même quantité d’acide acétique. Les deux autres substances désherbantes sont associées dans un même produit pour combiner leurs actions.
L’acide pélargonique (31 g/l), substance naturelle issu du pélargonium, agit par contact, comme l’acide acétique, et grille le feuillage. L’hydrazide maléique (5 g/l), molécule chimique de synthèse, est absorbé par la sève et pénètre jusqu’aux racines dont il inhibe la croissance, ce qui provoque la mort de la plante. Le produit agit donc aussi bien sur les plantes annuelles et bisannuelles que sur les plantes vivaces comme le chardon, le rumex, les liserons, le chiendent et la plupart des mauvaises herbes difficiles. Il faut tout de même 2 applications à 1 mois d’intervalle pour obtenir un bon niveau d’efficacité. À l’état pur, aucune de ces deux molécules n’est considérée comme toxique pour l’environnement (contrairement aux autres désherbants chimiques comme le glyphosate). De même que le produit vendu prêt-à-l’emploi n’est pas jugé dangereux pour l’homme. Mais peut-on être certain de l’innocuité de ces substances à long terme, surtout si leur usage se banalisait ? Impossible de le prédire. Alors autant être très prudent et éviter de les utiliser en routine. Compte tenu de son efficacité sur les vivaces coriaces, ce nouveau désherbant peut à la limite être utilisé avec parcimonie, en dernier recours dans des situations pour lesquelles il n’y a pas d’autres solutions, à condition d’adopter ensuite des solutions naturelles préventives (paillage, géotextile, engazonnement des allées, des joints entre les dalles…) pour que les mauvaises herbes ne
reviennent pas.
Enfin, aucun de ces nouveaux désherbants ne doit être considéré comme un “désherbant bio”, car aucun n’est autorisé en culture biologique.   

Denis Pépin

Nous avons consulté les dossiers d’homologation de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), la base de données Agritox et e-phy. www.afssa.fr, avis du 14/08/2009 et du 22/06/2009).

 
 
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