Les sociétés traditionnelles étaient-elles moins individualistes
qu’aujourd’hui ?
« A la campagne, les solidarités familiales d’ordre économique étaient en fait limitées. Les paysans étaient peu attachés affectivement à leurs terres, qu’ils considéraient comme un outil de travail interchangeable. Ils vendaient leur patrimoine foncier au plus offrant, sans savoir si c’était leur cousin », dévoile l’historien.
Dans l’Ouest de la France, la pratique rarissime du testament et le partage égalitaire des biens du défunt renforçaient cette étonnante absence de politique familiale de gestion de la terre. « Certes, il existait par ailleurs d’autres systèmes d’entraide. Mais les comportements individualistes des paysans témoignent d’une forme moderne de rationalité économique ». A l’époque, le minimum vieillesse n’existait pas : il fallait assurer soi-même ses vieux jours pour conserver son autonomie.
Après avoir soumis sa thèse à l’épreuve du terrain normand, Fabrice Boudjaaba s’interroge aujourd’hui sur sa validité en Bretagne. Pour l’aider dans ses travaux, Rennes Métropole lui a accordé une allocation d’installation scientifique (10 000 €). Devant lui s’étalent désormais plusieurs années de patientes recherches pour collecter, dépouiller et analyser les archives départementales, sous le prisme de l’économétrie. La généalogie ne fait plus l’économie des chiffres, ni de l’informatique.
Olivier Brovelli
crédit photo Caroline Ablain
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