Marc Poujol, l’âge d’or de la géologie

Le Massif armoricain n’a pas révélé tous ses secrets. A vingt millions d’années près - excusez du peu - on ignore encore son âge exact. Plusieurs zones n’ont même jamais fait l’objet de datation… Les techniques traditionnelles de géochronologie, par observation des couches sédimentaires et des fossiles, n’ont aucune prise sur certaines roches, en particulier le granite. Pour remettre les pendules à l’heure, le laboratoire Géosciences de l’université Rennes 1 compte depuis septembre 2006 sur l’appui d’une nouvelle recrue et d’un autre procédé.
 
Marc Poujol
Spécialisé en géochimie isotopique, Marc Poujol a fait ses preuves à Terre-Neuve et en Afrique du Sud, en lien étroit avec les multinationales de l’industrie minière. Avec lui, la géochronologie se fonde sur l’uranium et le plomb. « Radioactifs, les isotopes de l’uranium sont instables. Ils se désintègrent au fil du temps pour produire du plomb. En mesurant les rapports isotopiques d’un minéral en uranium et en plomb, on peut calculer l’âge des roches », résume le chercheur, également maître de conférences.
Un minéral particulier incorpore ces précieux éléments chimiques, le zircon, le faux-frère du diamant. Particulièrement résistant aux hautes températures, il présente un indice de fiabilité excellent. « En utilisant le zircon, on remonte à l’âge initial de la roche même si celle-ci a connu ultérieurement des événements géologiques perturbateurs », poursuit le géochimiste.
Quand on s’intéresse en priorité à la période archéenne, de plus de 2,5 milliards d’années avant notre ère, le procédé revêt un intérêt crucial. Encore faut-il parvenir à isoler ledit minéral, puis à distinguer la structure interne d’un simple grain pour choisir la technique la plus adaptée à sa datation. L’allocation d’installation scientifique de Rennes Métropole (40 000 €) permettra au laboratoire de Marc Poujol d’acquérir la technologie nécessaire, en l’occurrence un outillage complet d’imagerie par cathodoluminescence. Le vénérable Massif armoricain ne pourra plus se dissimuler très longtemps à la curiosité des chercheurs.

Olivier Brovelli
crédit photo Caroline Ablain
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